Les samedis soir, le Zubial se mettait en tenue de danse, entendez qu'il enfilait un étrange costume constitué d'une chemisette en peaux de chat tannées par ses soins et d'un immense caleçon qui lui faisait une manière de jupette; puis il enfilait des sabots. Ainsi accoutré, il allumait la télévision et quand, par la grâce de l'ORTF, surgissait l'image de Claude François, il se mettait à danser comme un diable, en imitant le blondinet désarticulé, devant l'assistance médusée. Trente secondes plus tard, tout le monde dansait devant la télévision! Les invités, ma mère, ses amants, la bonne qui râlait, quelques maîtresses égarées et les enfants! Et en cadence! La gaieté s'emparait de la maisonnée, et nous chantions à tue-tête; puis, échauffé, mon père s'asseyait sur la télé éteinte et nous lisait quelques chapitres de Pagnol, en modifiant un peu le texte original quand l'attention des petits faiblissait.

C'est ainsi que je me suis aperçu dix ans plus tard que La Gloire de mon père ne comportait aucune scène de western et qu'il ne fut jamais question dans cet ouvrage de plantes carnivores aussi avides que les pieuvres de Jules Verne. D'autres soirs, il nous lisait les Mémoires d'outre-tombe pendant que nous, les enfants, lui massions les pieds avec ferveur.

À Verdelot, tout ou presque pouvait se produire.

Pendant un temps, le grand jeu du Zubial fut de nous réveiller, moi et mes copains, pour improviser en pleine nuit des farces téléphoniques. Son idée favorite était de prendre une voix caverneuse et de réveiller le ministre de l'Intérieur de l'époque – qu'il connaissait – à son domicile, sur les deux heures du matin, en signant notre forfait par ces mots énigmatiques:

– C'est un coup des autonomistes de Seine-et-Marne!

Et nous raccrochions. Quand, une nuit, à l'autre bout du fil, nous entendîmes la voix enrouée de l'officiel irrité:



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