
Masklinn n’avait jamais vraiment imaginé à quoi pouvait ressembler l’intérieur d’un avion. Il avait passé des journées entières au sommet de la falaise, derrière la carrière, à les regarder décoller. Bien entendu, il supposait qu’il y avait des humains à l’intérieur. Il y a des humains partout. Mais un intérieur d’avion… il n’avait jamais beaucoup réfléchi à ce problème. S’il y avait des objets qui semblaient n’être composés que de parties extérieures, c’étaient bien les avions en vol.
Mais le choc avait été trop fort pour Gurder. Il sanglotait.
— Des lumières électriques ! gémissait-il. Et encore de la moquette ! Et de grands fauteuils moelleux ! Ils sont même garnis de napperons ! Et on ne voit de boue nulle part ! Il y a même des panneaux !
— Allons, allons, répétait Angalo, désemparé, en lui tapotant l’épaule. D’accord, je sais, je sais, il était très bien, ce Grand Magasin.
Il leva les yeux vers Masklinn.
— Tu admettras quand même que ça fait un coup, fit-il. Je m’attendais… je ne sais pas, à des fils de fer, des tuyaux, des leviers épatants, des trucs comme ça. Mais pas à quelque chose qui ressemble au rayon Mobilier d’Arnold Frères !
— Il ne faudrait pas rester ici, répondit Masklinn. Les humains ne vont pas tarder à envahir les lieux. Rappelez-vous ce qu’a annoncé le Truc.
Ils aidèrent Gurder à se relever et, en l’encadrant, trottinèrent entre les rangées de fauteuils. Mais l’endroit différait du Grand Magasin par un détail important, constata Masklinn. Il manquait de cachettes. Dans le Grand Magasin, on trouvait toujours quelque chose derrière quoi, sous quoi ou dans quoi se cacher…
Il percevait déjà une rumeur au loin. Ils finirent par découvrir un espace derrière un rideau, dans une section de l’avion qui ne comportait pas de sièges. Masklinn y rentra en rampant, en poussant le Truc devant lui.
La rumeur était désormais proche. Très proche. Il tourna la tête et vit un pied humain à quelques centimètres de lui.
