
Au fond de l’interstice, la paroi de métal était percée d’un trou par lequel passaient quelques fils électriques de bonne taille. Le trou était juste assez grand pour qu’Angalo et Masklinn s’y faufilent, juste assez grand pour qu’un Gurder affolé y passe, si les deux autres le tiraient par les bras. L’espace n’était pas énorme, mais enfin on ne les trouverait pas là.
Et en plus, ils n’y voyaient rien. Ils étaient couchés les uns sur les autres dans la pénombre, en essayant de s’installer de façon confortable sur les fils.
Au bout d’un moment, Gurder annonça :
— Ça commence à aller mieux.
Masklinn opina.
Tout autour d’eux régnait le bruit. De très loin en dessous d’eux monta une série de clongs métalliques. On entendit un lugubre mugissement de voix humaines, suivi d’une secousse.
— Truc ? demanda-t-il à mi-voix.
— Oui ?
— Que se passe-t-il ?
— L’avion se prépare à prendre son essor.
— Ah oui !…
— Est-ce que tu sais ce que ça veut dire ?
— Euh ! non. Pas vraiment.
— Il va voler dans les airs. L’essor, c’est le vol. Il va prendre son essor, ça veut dire qu’il va prendre son vol.
Masklinn put entendre le souffle court d’Angalo.
Il s’installa aussi bien que possible entre la paroi métallique et le pesant écheveau de fils électriques, le regard perdu dans les ténèbres.
Les gnomes restèrent silencieux. Au bout d’un moment, ils perçurent une petite secousse et une impression de mouvement.
Il ne se passa rien d’autre. La situation continua à ne pas évoluer.
Au bout d’un certain temps, Gurder, la voix chevrotant de terreur, demanda :
— Est-ce qu’il est trop tard pour descendre, si nous… ?
Un brusque tonnerre acheva la phrase à sa place. Un grondement sourd fit tout trembler autour d’eux, de façon très mesurée, mais très ferme.
