
Gurder enfonça un doigt accusateur dans les côtes d’Angalo.
— Tu as peur, c’est ça ? Tu as peur parce que, si on voit Richard Quadragénaire, ça signifiera qu’Arnold Frères existe bel et bien, et que tu as tort ! Tu es bien comme ton père. Lui non plus ne supportait pas d’avoir tort !
— C’est pour toi que j’ai peur, rétorqua Angalo. Parce que tu vas t’apercevoir que Richard Quadragénaire est un simple humain. Comme Arnold Frères était un simple humain. Ou plutôt deux. Ils ont construit le Grand Magasin à l’intention des seuls humains. Ils ne savaient même pas que les gnomes existaient ! Et je te prierai de laisser mon père en dehors de tout ça.
Une petite trappe s’ouvrit sur la face supérieure du Truc. Ça se produisait parfois. Quand les opercules étaient clos, leur présence était indétectable, mais chaque fois que le Truc ressentait de la curiosité pour quelque chose, il s’ouvrait et faisait sortir une petite coupole argentée au bout d’un manche, ou des dispositifs compliqués à base de tuyaux.
Cette fois-ci, il s’agissait d’un morceau de grillage collé sur une tige métallique. L’ensemble commença à tourner lentement.
Masklinn saisit la boîte.
Pendant que les deux autres continuaient à discutailler, il demanda, doucement :
— Tu sais où se trouve cette salle ?
— Oui, répondit le Truc.
— Alors, allons-y !
Angalo jeta un coup d’œil.
— Hé là ! qu’est-ce que vous faites ? Masklinn l’ignora, et demanda au Truc :
— Et tu sais de combien de temps nous disposons avant qu’il ne commence à partir pour la Floride ?
— Environ une demi-heure.
Les gnomes vivent à peu près dix fois plus vite que les humains. On les remarque plus difficilement qu’une souris surexcitée.
C’est une des raisons qui expliquent que les humains soient en général incapables de les voir.
