Et à longueur de nuit, ils allaient et venaient à bord de leurs petits camions illuminés. Ils ne dormaient donc jamais ? Il devait y en avoir des centaines.

Il avait rêvé de partir dans un de ces camions qui s’arrêtaient souvent au café. Rien de plus facile – enfin, tout est relatif – que de s’introduire à bord. Ils étaient tout propres, tout luisants, ils devaient bien aller quelque part qui valait mieux qu’ici. Et puis, tout compte fait, quel choix restait-il ? Les gnomes ne passeraient pas l’hiver, s’ils demeuraient ici. Quant à se lancer à pied à travers champs, avec le mauvais temps qui s’annonçait, mieux valait ne pas y songer.

Il ne mettrait jamais son idée à exécution, bien entendu. On ne passe jamais à l’action, en définitive. On se contente de rêver en suivant des yeux les lumières chuintantes.

Et au-dessus de ces clartés filantes, les étoiles. D’après Torritt, les étoiles étaient très importantes. En cet instant précis, Masklinn ne partageait pas ce point de vue. Ça ne se mangeait pas. Ça n’éclairait même pas correctement. Les étoiles ne servent pas à grand-chose, quand on y réfléchit bien…

Quelqu’un poussa un hurlement.

Le corps de Masklinn se remit debout avant même que son cerveau ait envisagé de le faire, et il se hâta en silence à travers les maigres fourrés en direction du terrier.

Là, la tête entièrement enfoncée sous la terre et la queue en panache s’agitant frénétiquement vers les étoiles, se trouvait un renard. Masklinn le reconnut. Il lui avait déjà échappé de justesse à plusieurs reprises.

Quelque part sous le crâne de Masklinn, la zone qui était réellement lui – une zone qui attirait les sarcasmes du vieux Torritt plus souvent qu’à son tour – fut horrifiée de le voir s’emparer de son épieu, encore fiché en terre à l’endroit où il l’avait abandonné, et en frapper de toutes ses forces une patte arrière du renard.



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