On entendit un jappement étouffé et l’animal se dégagea en reculant tant bien que mal, pour tourner un masque mauvais et écumant contre son bourreau. Deux yeux jaunes et brillants se fixèrent sur Masklinn qui s’appuya sur son épieu, le souffle court. C’était un de ces moments où le temps semble couler au ralenti, où tout prend soudain un aspect plus réel. Lorsqu’on sait qu’on va mourir, les sens passent probablement en surmultipliée pour amasser le plus de détails possible, tant que c’est encore faisable…

Sur le museau de la créature, on distinguait des taches de sang.

Masklinn sentit la fureur monter en lui. Elle se dilata comme une énorme bulle. Il ne possédait pas grand-chose et ce sale monstre venait encore prendre le peu qu’il avait.

Quand il vit sortir la langue rouge, il sut qu’il n’avait que deux options. Fuir ou mourir.

Et donc il attaqua. L’épieu quitta sa main comme un oiseau prend son essor, frappant le renard à la lèvre. La bête cria et se frotta la blessure avec la patte. Masklinn se mit à courir comme un fou, traversa la surface de terre battue, mû par la rage, et bondit, empoigna par paquets la fourrure rousse et malodorante, se hissa le long du flanc du renard pour se retrouver à cheval sur sa nuque, tira son couteau de pierre et frappa, frappa, sur tout ce qui allait de travers en ce monde…

Le renard poussa un nouveau cri et détala. S’il avait été capable de réfléchir à ce moment-là, Masklinn aurait compris que son couteau n’avait guère d’autre effet que d’exciter la créature. Mais cette dernière n’avait pas l’habitude de voir ses repas se rebiffer avec une telle rage et ne songeait qu’à une chose : la fuite. Elle gravit le talus, puis le dévala à pleine allure, en direction des lumières de la voie rapide.

Masklinn retrouva ses capacités de réflexion. Le grondement de la circulation lui emplit les oreilles. Il lâcha prise et se jeta dans les hautes herbes tandis que la créature s’élançait sur l’asphalte.



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