Masklinn atterrit lourdement et fit quelques roulés-boulés, le souffle coupé.

Mais il se souvenait de ce qui s’était passé ensuite. La mémoire lui en resta longtemps, bien après qu’il eut vu tant de choses tellement plus extraordinaires qu’elles auraient dû monopoliser tout l’espace disponible.

Le renard, aussi figé qu’une statue dans la clarté des phares, lança un feulement de défi tout en tentant de faire baisser les yeux à dix tonnes de métal lancées sur lui à cent vingt kilomètres à l’heure.

Il y eut un choc, un chuintement, le noir.

Masklinn resta longtemps couché, face contre terre, dans la fraîcheur de la mousse. Puis, redoutant ce qu’il allait découvrir, faisant de son mieux pour ne rien imaginer, il se remit debout et rentra vers ce qui restait de son foyer.

Grimma attendait à l’entrée du terrier, brandissant une branchette en guise de gourdin. Elle pivota et faillit fracasser le crâne de Masklinn quand il émergea des ténèbres en titubant pour s’adosser contre le talus. D’une main lasse, il écarta la branchette.

— On ne savait pas où tu étais, dit-elle d’une voix proche de l’hystérie. On a juste entendu du bruit il était là tu aurais dû être avec nous il a attrapé Mr. Mert et Mrs. Coom et il grattait avec ses pattes pour…

Elle s’interrompit et sembla se ratatiner.

— Oui, merci, répondit Masklinn, glacial. Je vais très bien, c’est bien aimable à toi.

— Qu’est-ce… qu’est-ce qui s’est passé ?

Il l’ignora, s’enfonça dans les ténèbres du terrier et se coucha. En sombrant dans un sommeil profond et froid, il entendit les chuchotements des anciens.

« J’aurais dû être là, pensa-t-il.

Ils comptent sur moi.

On va s’en aller. Tous ensemble. »


L’idée lui avait paru bonne, à ce moment-là.



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