
« Dis, tu as entendu ce bruit, la nuit dernière ? » Hitch a entamé la conversation à sa manière habituelle, c’est-à-dire sans le moindre préambule, comme si nous venions de nous quitter. « Celui qui ressemblait au passage d’un jet de l’aéronavale ? »
La réponse était oui. Vers quatre heures du matin, Janice venait de se traîner jusqu’au lit. Kaitlin dormait enfin, je me trouvais donc seul attablé à la cuisine, face à une tasse de mauvais café posée sur la toile cirée marquée de brûlures. Le volume de la radio, baissé au niveau d’une conversation polie, diffusait le programme d’une station de jazz américaine.
Le son en était devenu strident et bizarre durant une trentaine de secondes. Un coup de tonnerre avait retenti, dont l’écho avait renvoyé plusieurs roulements (le « jet de l’aéronavale » mentionné par Hitch). Quelques instants plus tard, les pots de bougainvillées de Janice avaient cliqueté contre la vitre sous l’effet d’une étrange brise froide. Les stores s’étaient soulevés pour retomber en une petite révérence, la porte de la chambre de Kaitlin s’était ouverte toute seule, et sous sa moustiquaire, Kaitlin, sans se réveiller, avait poussé un petit grognement mécontent en se retournant.
Plutôt qu’à un jet de l’aéronavale, j’avais songé à un orage d’été, aux premiers ou aux derniers marmonnements d’une tempête sur le golfe du Bengale. Cela n’avait rien d’inhabituel à cette période de l’année.
