
À cette époque, beaucoup d’Américains disparaissaient à Chumphon et Satun, soit kidnappés pour obtenir une rançon, soit assassinés pour leur petite monnaie, soit recrutés pour transporter de l’héroïne. J’étais assez jeune pour ne pas m’en soucier.
Nous sommes passés devant le Phat Duc, la cahute dans laquelle Hitch prétendait vendre des articles de pèche mais se livrait en réalité à un florissant commerce de marijuana locale avec les vacanciers, et nous avons emprunté la nouvelle route côtière. Il n’y avait pas beaucoup de circulation, à part les bus de touristes : rien que quelques dix-huit roues sortant des établissements piscicoles C-Pro, des taxis collectifs et des songthaews décorés comme des chars de carnaval. Hitch conduisait avec la dextérité et l’insouciance d’un autochtone, transformant le voyage en exercice de contrôle de sa vessie. Mais le flot d’air humide était rafraîchissant, surtout une fois sur la route qui menait à l’intérieur des terres, et la journée peu avancée promettait d’accoucher de miracles.
À Chumphon, tout ce qui n’est pas côtes est montagnes. En tournant vers l’intérieur, nous nous sommes retrouvés quasiment seuls sur la route, jusqu’à ce qu’une escouade de la police des frontières nous double à toute vitesse en nous bombardant de gravillons.
