Il se passait donc bien quelque chose. Nous avons stoppé dans une station-service hawng nam le temps que Hitch se soulage. J’en ai profité pour régler ma radio portative sur une station anglophone de la région de Bangkok. J’y ai surtout entendu des chansons des tops 40 américains ou anglais, mais rien sur les Martiens. Pourtant, au moment où Hitch s’en revenait tranquillement de la gouttière servant d’urinoir, une brigade de l’armée royale est passée elle aussi à toute vitesse : trois transporteurs de troupes et une poignée de guimbardes genre grosses jeeps, tous fonçant dans la même direction que la police locale un peu plus tôt. Hitch m’a regardé et je l’ai regardé. « Sors l’appareil photo de la sacoche », a-t-il dit, sans sourire, cette fois. Il s’est essuyé la main sur son short.

Loin devant nous, pointant au-dessus des collines tourmentées, brillait une colonne de brouillard ou de fumée.


Ce que j’ignorais, c’est que Kaitlin, ma fille de cinq ans, était sortie de sa sieste matinale avec une violente fièvre, et que Janice avait perdu une bonne vingtaine de minutes à me chercher avant de finir par emmener Kaitlin à la clinique-dispensaire.

Le médecin, un Canadien arrivé à Chumphon en 2002, y avait mis en place un centre de soins plutôt moderne à l’aide de fonds débloqués par un département de l’Organisation mondiale de la santé. Les gens de la plage l’appelaient Docteur Dexter. La personne à consulter en cas de syphilis ou de parasites intestinaux. Le temps qu’il examine Kaitlin, sa fièvre approchait des 41 degrés et elle n’était plus lucide que par intermittence.

Bien entendu, Janice était folle d’inquiétude. Elle a forcément craint le pire, comme l’encéphalite japonaise dont tous les journaux avaient parlé cette année-là où la dengue qui avait fait tant de victimes au Myanmar.



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