Docteur Dexter a diagnostiqué une banale grippe (celle qui, depuis mars, jouait à saute-mouton à Phuket et Ko Samui) et gavé Kaitlin d’antiviraux. Janice s’est installée dans la salle d’attente de la clinique en tentant à intervalles réguliers de me joindre par téléphone. Mais j’avais laissé mon portable dans un sac à dos sur une étagère de notre baraque de location. Peut-être aurait-elle essayé de contacter Hitch si celui-ci avait cru aux communications non cryptées : il se baladait avec un GPS et une boussole, s’imaginant que c’était plus que suffisant pour un costaud dans son genre.


La première fois que j’ai aperçu la colonne, entre les arbres de la forêt, j’ai cru voir le chedi d’un wat dans le lointain. Toute l’Asie du Sud-Est est parsemée de ces temples bouddhistes dont vous trouverez des photos (au moins de celui d’Angkor, Angkor Vat) dans l’encyclopédie de votre choix. On les reconnaît au premier coup d’œil, avec leurs tours reliquaires en pierre à l’apparence vaguement organique, comme si un énorme troll avait laissé ses os se fossiliser dans la jungle.

Mais ce chedi-là – que j’ai mieux vu au fur et à mesure que nous avons progressé sur cette route accidentée qui sinuait sous une longue crête en surplomb – n’était ni de la bonne forme, ni de la bonne couleur.

Nous sommes tombés juste après la crête sur un barrage de la police royale thaïe, avec des voitures de la police des frontières et divers hommes armés dans des 4x4 piquetés de rouille. Ils refoulaient tout le monde. Quatre des soldats braquaient leurs armes sur un songtheaw Hyundai antédiluvien bourré de volailles caquetantes. Les agents de la police des frontières semblaient à la fois très jeunes et très hostiles, avec leurs vêtements kaki, leurs lunettes d’aviateur et la nervosité qui transpirait de leur façon de pointer leurs fusils. Je n’avais aucune envie de me frotter à eux, ce dont j’ai fait part à Hitch.



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