Il hurla dans le silence de son esprit. Il hurla : Non, vous ne comprenez pas ! C’est une planète habitée ! Ne voyez-vous pas que vous ne pouvez pas risquer la vie de centaines de millions d’êtres ?

Les paroles de l’autre étaient assourdies et de plus en plus lointaines. Pour lui parvenir, elles devaient franchir un long tunnel où le vent s’engouffrait. « Je ne vous ferai pas de mal dans une heure, vous vous sentirez parfaitement bien. Nous rirons ensemble de toute cette affaire. »

Le Terrien ressentit une légère vibration dans son crâne. Celle-ci s’effaça également.

Les ténèbres s’épaissirent et s’abattirent sur lui. Elles ne se dissipèrent jamais totalement. Il lui fallut une année pour les déchirer en partie.

CHAPITRE I

L’ENFANT TROUVÉ

Rik reposa son alimentateur et sauta sur ses pieds. Il tremblait si fort qu’il dut s’appuyer au mur nu d’un blanc laiteux.

— Je me rappelle ! cria-t-il.

Le bruit de mâchoires se fit un peu moins sonore, et des visages se tournèrent vers lui, uniformément propres et glabres dans la lumière médiocre qui les faisait luire d’un éclat blême. Dans les regards, on ne lisait guère d’intérêt – rien qu’un réflexe stimulé par ce cri inattendu.

— Je me rappelle mon métier, lança à nouveau Rik. J’avais un métier.

— La ferme ! glapit quelqu’un.

— Rassieds-toi, grogna quelqu’un d’autre.

Les visages se détournèrent, le bruit de mastication reprit. Il entendit un homme murmurer « Rik le Dingue » en haussant les épaules. Un autre se tapota le front du doigt. Cela lui était indifférent. Cela ne pénétrait pas son esprit.



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