
— Il le faut, dit-il.
— Encore tes migraines, Rik ?
— Non. Je me souviens vraiment de quelque chose. Du métier que j’avais avant… Avant !
Il hésitait à en dire plus long. Son regard se posa au loin. Le soleil était agréablement chaud. Il ne se coucherait pas avant deux heures. L’alignement uniforme des cabanes où logeaient les travailleurs et qui s’étiraient à perte de vue autour des installations était d’une monotonie lassante mais Rik savait que, dès qu’il atteindrait le faîte de la butte, les ors et les rouges des champs s’offriraient à sa vue.
Il aimait les champs. Dès le début, leur spectacle l’avait apaisé et ravi. Avant même qu’il sût que leurs couleurs étaient l’or et l’écarlate, alors qu’il ignorait encore ce qu’étaient les couleurs, quand il ne pouvait exprimer son plaisir autrement que par de petits vagissements, ses migraines se dissipaient plus rapidement lorsqu’il était dans les champs. En ce temps-là, Valona avait coutume d’emprunter un scooter diamagnétique et de le conduire hors du village les jours de repos. Ils glissaient légèrement à un pied au-dessus du sol, portés par le champ de contre-gravité sur lequel ils flottaient sans secousses jusqu’à ce qu’ils fussent à des milles et des milles de toute habitation humaine, seuls avec le vent qui leur caressait la figure. L’air embaumait le kyrt en fleur.
Ils s’asseyaient au bord de la route, baignés de soleil, de couleurs et d’odeurs, et partageaient un pavé nutritif avant de rentrer.
Rik était troublé par les souvenirs qui tressaillaient dans sa mémoire.
— Allons dans les champs, Lona, dit-il.
— Il est tard.
— Si, je t’en prie. Juste à la sortie de la ville.
Elle tirailla la bourse d’étain glissée derrière la souple ceinture de cuir bleu, sa seule coquetterie vestimentaire.
