Rik lui prit le bras.

— Marchons.

Une demi-heure plus tard, ils quittaient la grande route pour s’engager dans de petits chemins sinueux et sablonneux. Le silence était à couper au couteau et Valona était étreinte par un sentiment de peur qu’elle connaissait bien. Faute de mots, elle n’avait jamais essayé d’exprimer ce qu’elle éprouvait à l’égard de Rik.

Qu’adviendrait-il s’il l’abandonnait ? Il était petit, d’une taille inférieure à la sienne, et il pesait même un peu moins qu’elle. Par beaucoup de côtés, il était encore semblable à un enfant sans défense. Mais avant qu’on lui eût obscurci l’esprit, il avait dû être un homme instruit. Un homme instruit et très important.

Valona, elle, n’avait pas reçu d’instruction. Elle avait seulement appris à lire et à écrire, on lui avait seulement inculqué à l’école professionnelle les rudiments de technologie indispensables pour qu’elle fût capable de faire fonctionner les métiers, mais elle savait quand même que tout le monde n’était pas aussi ignorant qu’elle. Il y avait le Prud’homme, évidemment, dont le vaste savoir leur était si utile à tous. Parfois, des Écuyers venaient en tournée d’inspection. Elle n’avait jamais vu un Écuyer de près mais, un jour de congé, elle avait visité la Cité et avait aperçu à cette occasion un groupe de créatures d’une incroyable magnificence. De temps à autre, les ouvriers des filatures étaient admis à entendre le son de la voix des gens cultivés. Ceux-ci parlaient différemment, de manière plus fluide, avec des vocables plus longs et un timbre plus doux. Rik parlait de plus en plus comme eux à mesure que la mémoire lui revenait.

Elle avait eu peur quand il avait prononcé ses premiers mots. Cela s’était fait brutalement un jour où il avait longtemps gémi parce qu’il avait mal à la tête. Sa prononciation était bizarre. Elle avait voulu la corriger mais il n’avait rien voulu entendre.



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