Je voudrais, je voudrais…

Il ferma les yeux et embrassa Hortense Cortès.

C’est donc cela un baiser ! s’étonna Hortense Cortès.Cette brûlure suave qui donne envie de se jeter sur l’autre, de l’aspirer, dele lécher, de le renverser, de s’enfoncer en lui, de disparaître…

De se dissoudre dans un lac profond, de laisser flotter sabouche, ses lèvres, ses cheveux, sa nuque…

Perdre la mémoire.

Devenir boule de caramel, se laisser goûter du bout de lalangue.

Et goûter l’autre en inventant le sel et les épices, l’ambreet le cumin, le cuir et le santal.

C’est donc cela…

Jusqu’à maintenant, elle n’avait embrassé que des garçonsqui l’indifféraient. Elle embrassait utile, elle embrassait mondain, elleembrassait en repoussant une boucle de cheveux élastique et en regardantpar-dessus l’épaule de son prochain. Elle embrassait en toute lucidité,s’indignant d’une meurtrissure des dents, d’une langue cannibale, d’une salivebaveuse. Il lui était arrivé aussi d’embrasser par désœuvrement, par jeu, parcequ’il pleuvait dehors ou que les fenêtres avaient des petits carreaux qu’ellen’avait pas fini de compter. Ou, souvenir qui l’embarrassait, pour obtenir d’unhomme un sac Prada ou un petit haut Chloé. Elle préférait oublier. C’était il ya longtemps. Elle n’était qu’une enfant, il s’appelait Chaval[2]. Quel homme grossier et brutal !

Elle revint à la bouche de Gary et soupira.

Ainsi il arrive qu’un baiser procure du plaisir…

Un plaisir qui se faufile dans le corps, jette des petitesflammes, allume mille frissons dans des endroits qu’elle n’aurait jamaissoupçonnés être inflammables.

Jusque sous les dents…

Le plaisir… Quel délice !



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