
Et aussitôt, elle nota qu’il fallait se méfier du plaisir.
Plus tard, ils marchèrent dans le noir.
Dans les rues blanches des beaux quartiers en allant versHyde Park. Des rues où les perrons blancs s’ordonnent en ronde sage.
Vers l’appartement de Gary.
Ils marchaient en silence en se tenant la main. Ou plutôt enbalançant leurs bras et leurs jambes dans le même élan, la même cadence, enavançant un pied gauche avec le pied gauche de l’autre, un pied droit avec lepied droit de l’autre. Avec le sérieux et la concentration d’un horse guardà bonnet fourré de Sa Gracieuse Majesté. Hortense se souvenait de cejeu-là : ne pas changer de pied, ne pas perdre la cadence. Elle avait cinqans et donnait la main à sa mère en revenant de l’école Denis-Papin. Ilshabitaient Courbevoie ; elle n’aimait pas les réverbères de la grandeavenue. Elle n’aimait pas la grande avenue. Elle n’aimait pas l’immeuble. Ellen’aimait pas ses habitants. Elle détestait Courbevoie. Elle repoussa lesouvenir et rattrapa le présent.
Serra la main de Gary pour s’ancrer solidement dans ce quiallait être, elle en était sûre, son lendemain. Ne plus le lâcher. L’homme auxboucles brunes, aux yeux changeants, verts ou bruns, bruns ou verts, aux dentsde carnassier élégant, aux lèvres qui allument des incendies.
Ainsi c’est cela un baiser…
— C’est donc cela, un baiser, dit-elle à voix presquechuchotée.
Les mots s’évaporèrent dans la nuit noire.
Il lui rendit sa pression d’une main légère et douce. Etprononça des vers qui habillèrent l’instant de beauté solennelle.
Away with your fictions of flimsyromance,
Those tissues of falsehood which Follyhas wove ;
Give me the mild beam of thesoul-breathing glance
Or the rapture which dwells on the firstkiss of love[3].
— Lord Byron… The first kiss oflove.
