
— Tu viens d’inventer ?
— Non. Je l’ai lu dans un Spirou… Et j’ai penséà toi…
— Ah ! Ah ! tu penses à moi !s’exclama-t-il en levant un bras en signe de victoire.
— Ça m’arrive.
— Et tu fais semblant de m’ignorer ! Tu joues lesbelles indifférentes.
— Strategy of love, my dear !
— Tu es imbattable en stratégie, Hortense Cortès,n’est-ce pas ?
— Juste lucide…
— Je te plains, tu t’imposes des limites, tu teligotes, tu te rétrécis… Tu refuses le risque. Le risque qui seul fait naîtrela chair de poule…
— Je me protège, c’est différent… Je ne suis pas deceux qui pensent que la souffrance est la première marche du bonheur !
Le pied gauche passa son tour et le pied droit hésita, restaen l’air, boita. La main d’Hortense s’échappa de celle de Gary. Hortenses’arrêta et leva la tête, le menton fier d’un petit soldat qui part en guerre,l’air sérieux, grave, presque tragique de celle qui a pris une résolutionimportante et veut être entendue.
— Personne ne me fera souffrir. Jamais un homme ne meverra pleurer. Je refuse le chagrin, la douleur, le doute, la jalousie,l’attente qui ronge, les yeux bouffis, le teint jaune de l’amoureuse dévoréepar le soupçon, l’abandon…
— Tu refuses ?
— Je n’en veux pas. Et je me porte très bien comme ça.
— Tu en es sûre ?
— N’ai-je pas l’air parfaitement heureuse ?
— Surtout ce soir…
Il essaya de rire et tendit la main pour lui ébouriffer lescheveux et ôter un peu de gravité à la scène. Elle le repoussa comme si avant qu’unautre baiser ne l’emporte, avant qu’elle ne perde pour quelques instants sesesprits, il fallait qu’ils signent tous les deux une charte de respect mutuelet de bonne conduite.
