
Les enfants qui dormaient ici n’étaient pas vraiment des enfants âgés de neuf ans. Ils étaient une force naturelle en même temps que des sujets de vénération et de terreur. Ils étaient nés de Paul Atréides, celui qui était devenu Muad’Dib, le Mahdi de tous les Fremen. Celui qui avait provoqué une explosion de l’humanité, explosion qui avait projeté les Fremen loin de leur monde en un Jihad qui avait déferlé sur l’Univers humain, en un mascaret énorme et fervent de pouvoir religieux dont l’ampleur et l’autorité omniprésente avaient laissé leur empreinte sur chaque planète.
Pourtant, ils sont faits de chair et de sang, songeait Stilgar. En deux coups de mon couteau, je peux leur percer le cœur et leur eau reviendra à la tribu.
Son esprit enfiévré vacilla à cette seule pensée : Tuer les enfants de Muad’Dib !
Mais toutes ces années l’avaient rendu habile dans l’art de l’introspection. Et Stilgar connaissait l’origine de cette pensée terrible. Elle ne pouvait être née que de la main gauche des damnés et non de la main droite de ceux qui étaient bénis. L’ayat et le burhan de la Vie ne conservaient plus que quelques rares mystères pour lui. Jadis, avec fierté, il s’était considéré comme un Fremen véritable, le désert avait été son ami et ce monde s’était toujours appelé Dune et non pas Arrakis, ainsi que le dénommaient les cartes impériales.
Les choses étaient si simples lorsque notre Messie n’était encore qu’un songe, pensa-t-il. En trouvant enfin notre Mahdi, nous avons libéré d’innombrables délires messianiques qui se sont répandus de par l’univers. Et chacun des peuples qui a été soumis par le Jihad porte maintenant en lui le rêve d’un chef à venir.
