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Le Fremen se doit de retrouver sa foi ancienne, son ancien génie de former des communautés humaines. Il doit retrouver son passé et cette leçon de survie qu’il a apprise en luttant pour Arrakis. Le seul souci d’un Fremen devrait être d’ouvrir son âme aux enseignements intérieurs. Il n’y a nul message pour lui qui puisse venir des mondes de l’Imperium, du Landsraad, de la CHOM. Ceux-là ne sauraient que lui dérober son âme.
Le transport spatial craquait et gémissait après sa traversée brûlante de l’atmosphère et, tout autour de Dame Jessica, aussi loin que pouvait porter son regard, un océan humain venait déferler sur l’étendue désertique. Un demi-million d’êtres, songea-t-elle, dont seulement moins d’un tiers de pèlerins, sans doute. Tous observaient un silence impressionnant, tous les regards étaient rivés sur la plate-forme de la nef. Dame Jessica et sa suite étaient encore invisibles dans l’ombre du panneau de débarquement.
Dans deux heures, le soleil serait au zénith mais déjà le ciel, au-dessus de la multitude, avait cette scintillance brumeuse qui annonçait un jour torride.
Jessica porta la main à ses cheveux de cuivre entretissés d’argent qui soulignaient l’ovale de son visage. Elle s’abritait sous le capuchon aba de Révérende Mère. Elle n’aimait guère le noir et n’ignorait pas que la fatigue du long voyage devait se lire sur ses traits. Mais la circonstance exigeait qu’elle fût ainsi vêtue. Les Fremen comprendraient le sens de l’aba. Elle eut un soupir. Les voyages spatiaux ne lui convenaient guère.
