
Pour Michel, toutes les femmes du camp étaient belles. Il tomba un peu amoureux de la plupart d’entre elles, selon son habitude. Il aimait les hommes comme des grands frères, et les femmes comme des déesses auxquelles il ne pourrait jamais vraiment faire la cour (par bonheur). Oui : toutes les femmes étaient belles, et tous les hommes étaient des héros. Enfin, peut-être pas tous, bien sûr. Mais la plupart. C’était un défaut inhérent à l’humanité. Voilà ce qu’il pensait ; ce qu’il avait toujours pensé. C’était une programmation émotionnelle qui relevait de la psychanalyse, et, de fait, il avait entrepris une analyse, sans changer d’avis le moins du monde (par bonheur). C’était sa vision des gens, comme il avait dit à ses analystes. Naïve, crédule, d’un optimisme débile ; et pourtant, ça ne l’empêchait pas d’être un bon psychologue clinicien. C’était un don qu’il avait.
Tatiana Durova, par exemple, il la trouvait aussi belle qu’une vedette de cinéma, avec en plus une intelligence et un individualisme dus à une vie passée dans le monde réel du travail et de la vie en communauté. Michel aimait Tatiana.
Et il aimait Hiroko Ai, une créature lointaine et charismatique, absorbée dans ses histoires mais profondément bonne. Il aimait Ann Clayborne, qui était déjà martienne. Il aimait Phyllis Boyle, cette petite cousine de Machiavel. Il aimait Ursula Kohl comme la sœur à qui il pouvait toujours parler. Il aimait Tya Jimenez pour ses cheveux noirs et son sourire éclatant, il aimait Marina Tokareva pour sa logique implacable, il aimait Sasha Yefremova pour son sens de l’humour.
Mais surtout, il aimait Maya Toïtovna, qui était aussi exotique pour lui qu’Hiroko, en plus extravertie. Elle n’était pas aussi belle que Tatiana, mais elle attirait les regards. Elle exerçait une sorte d’autorité naturelle sur le contingent russe. Elle avait quelque chose de rébarbatif, d’assez inquiétant, quelque part. Elle observait tout le monde un peu comme lui, mais d’un œil moins indulgent, il en avait la quasi-certitude. La plupart des Russes semblaient la craindre, à la façon de ces rongeurs voyant planer un faucon au-dessus d’eux. Mais peut-être craignaient-ils seulement de tomber désespérément amoureux d’elle. Si Michel allait sur Mars (ce qui n’était pas le cas), c’est à elle qu’il se serait intéressé avant tout.
