
Évidemment, Michel, qui était l’un des quatre psychologues censés participer à l’évaluation des candidats, ne pouvait succomber à aucune de ces affections. Ça ne l’ennuyait pas. Tout au contraire, il aimait cette contrainte, qu’il avait toujours eue avec ses clients. Ça lui permettait de se complaire dans ses pensées sans jamais envisager de passer à l’action. « Si on n’agit pas conformément à ses sentiments, c’est qu’on n’était pas sincère », disait un vieux dicton. Il se pouvait que ce soit vrai, mais si on n’avait pas le droit d’agir pour de bonnes raisons, alors on était peut-être sincère quand même. Il pouvait donc à la fois se permettre d’être sincère et éviter de prendre des risques. D’ailleurs, le dicton se trompait : l’amour de son prochain pouvait rester contemplatif. Il n’y avait rien de mal à ça.
Maya était à peu près persuadée d’aller sur Mars. Michel ne constituait donc pas une menace pour elle, et elle le traitait comme un parfait égal. Ils étaient plusieurs dans ce cas : Vlad, Ursula, Arkady, Sax, Spencer et d’autres. Mais avec Maya, ça allait plus loin. Il y avait une certaine intimité entre eux, depuis le tout début. Elle s’asseyait, elle lui parlait d’à peu près n’importe quoi, y compris du processus de sélection proprement dit. Ils parlaient anglais ensemble, leur connaissance partielle de la langue et leur accent à couper au couteau formant une musique pittoresque.
— Vous utilisez des critères objectifs pour sélectionner les gens, des profils psychologiques, ce genre de choses.
— Oui, bien sûr. Différentes sortes de tests, vous savez bien. Divers critères.
