Il s’efforçait naturellement de porter un égal intérêt à tous les candidats. Pourtant, un jour, il se retrouva seul avec Tatiana Durova pour une randonnée dans la branche sud de la Vallée de Wright. Ils escaladèrent par la gauche la crête insulaire, plate, appelée le Dais, qui divisait la vallée dans le sens longitudinal, et continuèrent en remontant par le bras sud de la Vallée de Wright vers la Mare de Don Juan.

La Mare de Don Juan… Drôle de nom pour cette désolation extraterrestre ! C’était une mare peu profonde, incroyablement salée. Pour qu’elle gèle, il fallait que la température descende en dessous de -54°C. La couche de glace qui couvrait la mare ayant été distillée par le gel, c’était de la glace d’eau douce, qui fondait seulement quand la température remontait au-dessus de zéro, ce qui se produisait généralement au cours de l’été suivant, lorsque la lumière solaire était piégée dans l’eau, sous la glace, et, par effet de serre, la fondait par en dessous. Pendant que Tatiana lui expliquait le processus, Michel le tournait et le retournait dans son esprit, comme une sorte d’analogie à leur propre situation, planant juste à la limite de sa compréhension mais n’émergeant jamais tout à fait.

— Bref, dit-elle, la mare pourrait faire office de thermomètre à minima. Il suffit de venir ici au printemps pour savoir si, l’hiver précédent, la température est descendue au-dessous de -54°C.

Ce qui s’était déjà produit plusieurs fois, cet automne-là, lors de quelques nuits glaciales. Une pellicule de glace blanche s’était formée sur la mare. Michel et Tatiana restèrent un moment plantés sur la berge blanchâtre, bosselée, incrustée de sel. Au-dessus du Dais, le ciel de midi était d’un noir bleuté. Tout autour d’eux, les parois abruptes de la vallée tombaient sur le fond du canyon. De gros blocs de pierre noirs émergeaient de la pellicule de glace qui couvrait la mare.



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