— Pourquoi me regardez-vous ? balbutie-t-elle, un rien impressionnée.

— Je mets au point le petit circuit touristique que je vais te pratiquer, môme. Laisse le penseur phosphorer en paix ; de toute manière c’est toi qui toucheras les dividendes, non ?

Elle s’abstient.

Mon regard sagace et salace l’enlace sans qu’elle s’en lasse. Je crois que je vais l’entreprendre par le coup du montreur de marionnettes. C’est généralement très apprécié et je n’ai jamais eu à déplorer la moindre réclamation. C’est une bonne entrée en matière, originale, efficace et extrêmement conditionnante. Bon, O.K. : le montreur de marionnettes. Seulement, il me faut des accessoires. Je cramponne deux fauteuils que je place dossier à dossier. Ensuite je pose un coussin à cheval sur les dossiers. D’un signe peu galant (le côté, allez ! hue !) j’enjoins à Eggkarte de s’amener. Elle souscrit. Je lui dis de s’agenouiller sur l’un des fauteuils. Elle obtempère.

En amour, la docilité, c’est quatre-vingts pour cent du succès. Quand tu tombes sur une objecteuse, une ergoteuse, une chipoteuse, t’as plus qu’à réexpédier Coquette dans ses foyers, vu que ta séance est carbonisée d’office. La galipouille ne souffre pas de discussion. Le mec qui, au fur et à mesure qu’il comporte, est obligé de justifier, voire seulement d’expliquer, voue ses entreprises à l’échec.

Donc, Eggkarte s’agenouille. J’imprime une poussée à ses épaules. Elle s’incline. Je lui préconise de croiser ses bras sur le second fauteuil. Elle consent avec un tout-ce-qu’il-y-a-de-volontiers que tu peux pas t’imaginer. J’ai été gentil de prévoir un coussin, non ? De la sorte, elle ne se meurtrit pas l’estom’ sur les deux dossiers joints. Mais l’exercice ne fait que commencer, méhames messieurs. L’artiste va réaliser devant vous un numéro absolument inédit en Suède. Je sors mon canif de poche, celui qui me sert à tailler mes plumes d’oie (car il faut vivre avec son temps pénurique maintenant).



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