Le bon Maeleström y déambulait, mains au dos, le regard prompt et vigilant. Il portait un complet de hobereau suédois, de drap vert, qui accentuait son teint cadavérique (en réalité merdavérique). Il s’arrêtait parfois, s’inclinait, examinait la cloison, hochait sa belle tête d’intellectuel et tapotait la vitre isoplane. Il adressait un geste à quelqu’un situé de l’autre côté. Sa mimique variait, elle marquait soit l’approbation, voire la satisfaction, soit au contraire le mécontentement.

Le bruit de nos pas attira son attention. Il vint à nous, souriant, espérant beaucoup de ma visite inopinée.

— Ravi de vous revoir, mon cher lauréat.

Nous nous congratulâmes avec cette chaleur marquant des retrouvailles après une fâcherie.

Je présentai Bérurier comme étant un ami, sans plus. Le Gros eut droit à un shake hand prolongé qui eût amorcé une pompe.

— Je fais mon inspection matinale, me dit le Suédois, car c’est l’heure de la défécation. Il faut avoir l’œil à tout, sinon on est carotté comme au coin d’un bois. Les gens manquent de sérieux, généralement. Pour un chieur consciencieux, j’en ai trois qui n’en font qu’à leur tête.

Et il nous entraîna.

Nous découvrîmes que chacune des vitres séparait le couloir d’un water-closet, comme nous disons en France. La cuvette des multiples cabinets était de verre, si bien qu’on pouvait suivre la production du chieur en action. Ses produits, au lieu de s’engloutir en d’évasives canalisations, étaient recueillis dans un bac de plexiglas en forme de passoire. Si bien qu’au moment même de la production, Maeleström était en état, sinon de la juger, du moins de porter une première appréciation, et donc d’intervenir auprès du responsable, à chaud, si j’ose (et j’ose !) dire.

Le premier chieur que nous découvrîmes, solide gaillard au front bref, lisait le journal en s’escrimant. D’un poing péremptoire sur le verre de la cloison, notre scatophage le rappela à l’ordre.



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