
Je parlai fermement et mes mots tombaient sous le sens (sans s’abîmer). Maeleström le reconnut.
— Allons prendre une petite collation, et nous ferons le tour du problème, proposa le scatophage.
Je refusai toute nourriture, me contentant d’un verre d’akvavit glacé.
Bérurier prit des toasts au saumon, tandis que notre hôte consommait le contenu d’un de ses chers bocaux. Je n’en préciserai pas la consistance, non plus que la couleur, afin de ne pas sombrer dans la fausse aisance. Toujours est-il que notre Suédois avait l’air de trouver la chose délectable.
Il mangeait à l’aide d’une fourchette à gâteau, avec des mines de vieille marquise peignant son persan bleu.
Bérurier, qui l’observait avec intérêt, murmura :
— A vous voir becter, on pourrait jamais se figurer que c’est de la merde, m’sieur le châtelain.
Maeleström eut une mimique radieuse.
— Mais quelle merde, mon cher monsieur ! Quelle merde !
Puis, décidé, il me dit :
— Bien, venons-en au sujet qui nous préoccupe. Ah ! mon jeune maître, votre acceptation me comble. Si je vous disais que je ne l’ai jamais mise en doute, pas plus que je ne mets en doute le résultat final. Posez-moi des questions, et je m’efforcerai d’y répondre.
Fort de ses bonnes intentions, je bus une gorgée de son horrible alcool, et attaquai :
— Avant son forfait, quel genre d’homme était Borg Borïgm ?
Il hocha la tête.
— Je l’ai si peu connu…
— Mais encore ?
— Eh bien, il donnait l’impression d’être un homme énergique et plein d’autorité.
— Marié ?
— Oui. Mais divorcé très vite. Je pense que son union ne dura pas plus de six mois.
