
Il habitait une somptueuse demeure à colonnes posée sur une vaste pelouse.
La maison était blanche.
La pelouse également, à cause du givre. Et aussi les arbres bicentenaires (je parle des plus jeunes) qui cernaient la pelouse.
Une grosse vieille dame habillée en gouvernante nous ouvrit la porte. Elle portait un énorme chignon en équilibre sur sa tête large et plate et marchait comme si elle craignait qu’il n’en tombât. Son regard de faïence s’attarda fort peu sur moi. Elle dit des choses suédoises à son maître, sur un ton assez rude pour donner à penser qu’elle l’aimait avec beaucoup d’autorité ; nous débarrassa de nos pardessus, puis nous conduisit au salon devant un grand feu de bois. Le plus immense qu’il m’eût été donné de voir si l’on excepte l’incendie des Nouvelles Galeries. Des fûts entiers brûlaient dans une cheminée aux dimensions si peu croyables que je ne me donnerai même pas la peine de vous les communiquer.
L’immense pièce ne manquait pas d’agréments. Elle devait en comporter beaucoup pour un Suédois, mais le phénomène du dépaysement jouant contre moi, je fus quelque peu incommodé par son mobilier pompeux, pesant, ainsi que par les trop nombreux objets qui l’encombraient.
Maeleström servit des alcools scandinaves aux goûts pharmaceutiques, que nous bûmes en devisant du prix Nobel dont son fondateur (Alfred Nobel) tua son jeune frère en inventant comme un con la dynamite.
Peu après, nous passâmes à table.
Mon hôte ne m’avait encore soufflé mot de son fameux « mystère ». Je commençais à douter, non de l’existence de ce dernier, mais de sa qualité de véritable mystère, certaines personnes tenant pour étranges des faits parfaitement explicables pour ceux qu’ils ne concernent pas.
Je n’osai le provoquer, sachant parfaitement que des confidences s’épanchent spontanément ou qu’elles ne sont pas. La digne gouvernante s’occupa elle-même du service, bien qu’il y eût d’autres domestiques dans la maison.
