Nous dînâmes dans la bibliothèque, devant un feu plus modeste. Chez Maeleström, l’hiver n’était qu’à quelques kilomètres de Stockholm. Il cernait la ville comme une armée silencieuse, prêt à l’investir irrésistiblement, le moment venu.

On me présenta un plateau de hors-d’œuvre à base de poissons fumés, assez appétissant je dois l’admettre. Ensuite il y eut du râble de lièvre à la confiture, enfin, un rôti de renne en croûte que n’auraient pas désavoué mes amis les grands maîtres queux de France et de Suisse. Le tout ponctué d’une omelette norvégienne destinée, je pense, à marquer la grande fraternité scandinave.

Je relate ce menu par le menu, avant de préciser que ce repas fut le mien, mais non celui de mon hôte. En effet, on plaça devant lui, en début de dîner, un petit bocal fermé d’un papier huilé, pareil à une peau de tambour, et contenant une chose imprécise de forme et désagréable d’aspect.

— Vous voudrez bien me pardonner, mon cher maître, dit Maeleström, mais je suis au régime.

Il creva le papier de son bocal et fit passer le contenu de celui-ci dans son assiette. Le mets n’avait pas que laide apparence, il s’accompagnait en outre d’une odeur peu engageante.

Maeleström le goûta, yeux mi-clos, le poivra fortement et se mit à l’attaquer d’une fourchette gaillarde. Il paraissait s’en délecter.

Quand il eut achevé de le consommer, je parvenais, quant à moi, au bout de mes hors-d’œuvre. Ma surprise s’accrût lorsque la dame au chignon, après m’avoir copieusement servi un lièvre nordique, lui apporta un second bocal, tout semblable au premier, avec cela de différent, toutefois, que son contenu avait une couleur plus foncée et une consistance plus ferme.

Je ne pus résister plus longtemps à l’envie de questionner mon hôte.

— Puis-je savoir ce que vous mangez-là, monsieur Maeleström ?



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