
Il parut embarrassé.
— J’ose à peine vous le dire, mon cher maître.
Mais on ne se tire jamais d’une question précise par une pirouette. Mon regard insistant, il déclara :
— Il s’agit d’excréments, car je suis scatophage.
Mon râble faillit emprunter ma trachée-artère et, à l’inverse, mon cœur manqua de me remonter le tube digestif.
— Vous plaisantez, monsieur Maeleström ?
— Du tout, mon cher, du tout. J’avoue ne me nourrir que de merde et y prendre un grand plaisir. En toute modestie, je peux même ajouter que je dois être le mangeur de merde le plus qualifié de la planète.
Et il raconta son histoire de bouffe-merde.
Très jeune, Gustav Maeleström se prit à savourer ses propres matières, au grand dam de sa mère qui ne parvint point à le guérir de sa coupable gourmandise. A la puberté, le jeune homme orienta sa sensualité sur cette voie aussi anale que gastronomique, et n’éprouva de volupté qu’en se faisant déféquer dans la bouche par des personnes convenablement purgées. Peu à peu, son vice l’absorba complètement (si l’on ose dire), et Maeleström finit par abandonner toute autre nourriture.
— Je suis devenu expert en la matière, conclut-il finement. Quelque chose comme le commandeur des taste-merde. Au point que je dois décliner tout repas en ville. Si je vous disais que je vomis chaque fois que je suis obligé de dîner à la table du roi ?
Il s’enthousiasmait pour son art, me découvrait, s’animant, des perspectives insoupçonnées. Cet homme surprenant aimait à ce point la merde qu’il en faisait l’élevage. Entendez par là qu’il entretenait à l’année une équipe de chieurs homologués dont il contrôlait la nourriture afin de parvenir à des dosages savants. Maniaque, il en était venu à ne consommer en somme que les produits de la ferme. A tel point qu’il emmenait son manger lorsqu’il partait en voyage. Plein de son sujet, il m’expliqua par le menu à quel haut degré sélectif il atteignait grâce aux tests imposés à ses chieurs (parmi lesquels un fort pourcentage de chieuses, il faut le préciser).
