
— Je ne voudrais pas passer pour un flagorneur, mon cher lauréat, conclut-il, mais ma préférence va à la merde lyonnaise. J’ai, dans mon élevage, un charcutier lyonnais, dont je réserve la production pour mes festins.
Et nous parlâmes merde ainsi, tard dans la soirée, jusqu’à l’heure des cigares.
Depuis lurette déjà j’estimais que mon hôte était fou. Malgré tout, le fait qu’il m’eût voté le prix Nobel me laissait un doute au plus creux de l’âme. Je m’apprêtais à lui réclamer congé lorsque ce que je n’espérais plus se produisit : Maeleström me dévoila le motif de son invitation.
Il se leva brusquement, alors qu’il me parlait de sa merde de dessert number one, issue du croisement de son meilleur chieur avec sa chieuse d’élite, c’est-à-dire d’un délicieux bambin nourri aux produits Guigoz. Mon hôte gagna son bureau Bernadotte où il prit une pochette de cuir sur laquelle se trouvait écrit le mot document, mais libellé avec K.
— Je crois que je vous ennuie avec ces questions gastronomiques, me dit-il ; aussi vais-je vous exposer mon problème.
Il ouvrit la pochette. Celle-ci ne contenait que la première page d’un journal imprimé en suédois. Le quotidien était daté du 16 juin 1967. Un titre s’étalait sur quatre colonnes. J’eus beau le contempler, il resta pour moi lettres mortes. La photographie d’un homme blond, au regard dur et bleu, âgé d’environ 35 ans, illustrait l’article.
