
— De quoi s’agit-il ? demandai-je.
— Oh, pardonnez-moi, j’oubliais que vous ne compreniez pas ma langue.
Il promena son index parcheminé de merdophage sur le titre et traduisit : Sensationnelle évasion de Borg Borïgm, l’assassin du lac Vättern.
Je posai sur Maeleström un regard qui devait être interrogateur, fatalement, puisqu’il me donna des explications.
— Ce Borg Borïgm dirigeait un institut, sur les bords du lac Vättern. Un jour, deux de ses pensionnaires, de très jeunes filles de quatorze et quinze ans, disparurent. On retrouva leurs corps plusieurs semaines plus tard en draguant le lac. L’autopsie permit de conclure qu’elles avaient été violées. Des lacunes furent relevées dans les déclarations de Borïgm. La police finit par l’arrêter. Au bout de quelques heures d’un interrogatoire très serré, il avoua le meurtre de ses deux pensionnaires. Borg Borïgm passa en jugement, mais il s’évada du palais de justice de Stockholm à l’issue de la première audience. Depuis, malgré les efforts déployés par les autorités assistées de toute la population, nul n’a plus jamais entendu parler de lui.
— Intéressant, fis-je, par politesse.
Le taste-merde me prit la main (heureusement qu’il ne mangeait pas avec ses doigts).
— Cher maître, c’est au policier que je m’adresse. Je vais vous fournir tout l’argent que vous souhaiterez, mais il faut que vous retrouviez Borg Borïgm. Vous seul pouvez encore mettre la main dessus, je le sais, je le sens. Mettez-vous en chiasse, pardon, en chasse ! Mais surtout, quand vous le tiendrez, ne prévenez pas la police. C’est moi que vous devrez informer, moi seul ! J’ai votre parole ?
Etrange requête.
— Vengeance personnelle ? demandai-je à Maeleström.
Il secoua la tête.
— Absolument pas. Soyez fair play, ne me posez aucune question.
