Quand disgracié de la fortune et du regard humain, seul je lamente mon sort déjeté, et j'importune le ciel sourd avec mes cris insensés, et regarde sur moi et maudis mon destin,

Me voulant comme un homme plus riche en espoir, fait comme lui, aussi fourni d'amis; enviant l'art de l'un, l'influence de l'autre, mal contenté par tout ce qui le plus me plaît;

Pourtant me méprisant presque dans ces pensées – par chance je pense à toi; et alors mon état (pareil à l'alouette montant au point du jour), de terre morne vient chanter l'hymne au seuil du ciel.

Car ton amour nouveau ramène tel arroi, que je dédaigne de changer mon état pour celui des rois.

30

Quand, aux assises du doux silence pensant, j'appelle en souvenir les choses passées, je soupire l'absence de plusieurs choses cherchées, nouvelles plaintes sur vieux chagrins dilapident mon cher temps;

Alors je puis mouiller mon œil, rebelle à couler, pour les précieux amis cachés dans la nuit sans date de la mort, pleurer nouvellement peine d'amour perdue, lamenter la dépense de bien des choses disparues; Alors je puis mener des deuils passés, redire lourdement, de malheur à malheur, le triste compte de lamentation déjà lamentée, que je paie à nouveau comme si non payé.

Mais qu'entre-temps je pense à toi, ô cher ami, la perte est réparée et le chagrin fini.

31

Ton sein est enrichi par tous les cœurs que moi privé d'eux j'ai supposé morts et là règne l'amour et toutes les parties aimantes de l'amour et résident tous ces amis que je croyais ensevelis.

Que de sacrés et funèbres pleurs le cher religieux amour a-t-il arrachés à mes yeux comme intérêt dû aux morts, lesquels apparaissent maintenant avoir été dérobés et reposent couchés en toi.

Car tu es la tombe où l'amour enseveli doit vivre, tendu avec les drapeaux de mes amours mortes qui toutes t'ont livré des parties de moi-même, et ce dû d'un grand nombre est à la fin pour toi.



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