
Leurs images que j'adorai dans toi je les contemple, et toi étant eux tous tu as tout le total de moi.
32
Si tu survis à mes jours ayant eu leur content, quand cette vile Mort couvrira mes os de poussière, et que par hasard une fois tu jettes nouveau regard sur ces pauvres maladroites lignes de ton amant qui n'est plus,
Et les compares avec les meilleures du temps, bien qu'elles soient outrepassées par toute autre plume, conserve-les pour mon amour et non pour leurs rimes, en dessous de la hauteur d'hommes plus favorisés.
Oh! alors accorde-moi cette seule aimante pensée: "Si la Muse de mon ami avait grandi d'années grandissantes, son amour eût produit une plus belle chose née pour marcher dans les rangs d'un cortège meilleur;
"Mais s'il est mort, et que viennent poètes meilleurs, je lis leurs vers pour la beauté, je lis les siens pour son amour."
33
Combien de fois ai-je vu le glorieux matin flatter le haut de la montagne d'un œil souverain, dorant les pâles eaux par divine alchimie;
Permettre ensuite aux vils nuages de passer, en affreuse traînée sur sa céleste face, et puis cacher son visage au monde abandonné, glissant non vu avec sa honte vers l'ouest;
Ainsi mon soleil de bonne heure a brillé, sur mon front, en toute triomphale splendeur, mais loin hélas, lui qui ne fut à moi qu'une heure, la région de nuage l'a maintenant masqué.
Et pour cela pourtant amour ne le dédaigne: soleils du monde peuvent ternir si le soleil du ciel ternit.
34
Pourquoi m'as-tu promis un si merveilleux jour, m'as-tu fait partir en voyage sans mon manteau, pour que d'affreux nuages me prennent sur ma route, voilant ton rayonnement de fumées corrompues?
Ce n'est assez qu'à travers les nuages tu te montres, pour sécher la pluie d'orage sur ma face, car nul homme ne peut dire du bien d'un baume qui guérissant la plaie ne guérit pas la disgrâce;
