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Comme se réjouit un père harassé, à voir son vif enfant agir dans la jeunesse, ainsi rendu boiteux par coups durs de fortune, j'ai réconfort en ta valeur et vérité.

Car que ce soit beauté, naissance, richesse, esprit, l'un de ces dons ou l'autre, ou tous, ou plus encore, anoblis dans tes biens ils restent couronnés, et je fais mon amour greffé sur ces trésors.

Ainsi ne suis-je infirme, pauvre, méprisé, tant que cette ombre-là produit telle substance, que je suis dans ton abondance satisfait et que par une parcelle de ta gloire, je vis.

Ce qui est le meilleur, je le souhaite en toi, et ce souhait je l'ai, donc dix fois heureux moi!

38

Comment ma muse manque-t-elle de sujets, tant que toi tu respires, qui verses tes motifs merveilleux dans mon vers, trop parfaits pour qu'un papier vulgaire les répètes?

Oh remercie-toi, si quelque chose de moi, digne d'être parcouru est valable à ta vue; car qui est si obscur qu'il ne puisse te dire, quand toi-même à l'invention donnes lumière?

Sois la dixième Muse, dix fois plus en valeur que ces neuf vielles qu'invoquent les rimeurs; celui qui en appelle à toi, fais-lui produire à vivre dans les temps des nombres éternels.

Si plaît ma pauvre Muse à notre époque étrange, que le labeur soit mien, mais à toi la louange.

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Comment puis-je chanter comme il faut ta valeur, puisque tu es la meilleure part de moi? Qu'apportera ma propre louange à mon propre moi-même, et qu'est-ce, quand je te loue, sinon mon moi-même?

Ainsi vivons, pour cela même, séparés, que notre cher amour perde le nom d'unique, afin que par séparation je puisse donner: ce dû à toi que toi seul tu mérites.

O absence! quel tourment tu serais, s'il n'y avait que ton cruel loisir donne douce permission de passer le temps par pensées d'amour, lesquels temps et pensée trahissent doucement,



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