Je présume qu’ils ne vivent pas trop mal, mais ce sont tout de même desprimitifs… Qu’avez-vous fait de votre esprit d’aventure ? C’est seulement la cinquième fois en treize mille ans que la race humaine rencontre une autre espèce douée d’intelligence — ou même des artefacts dus à une autre espèce. Je serais diablement surprise s’il ne restaitpas quelques questions en suspens. » Elle tourna une clé sur le boîtier de commande et le traîneau pivota sur son patin gauche pour éviter un gros rocher. Eux le suivaient, marchant dans les profondes ornières qu’il creusait au milieu des congères. Il neigeait, et le temps bouché obscurcissait davantage le crépuscule.

« Croyez-moi, Yoninne, si je vous dis que je trouve ça excitant — encore que nous ayons de fortes chances de tomber simplement sur une colonie oubliée. Mais j’estime que nous devrions attendre et explorer encore un peu le coin avant de faire venir la navette. L’expédition ne possède en tout et pour tout que trois navettes. Si les choses tournent mal, je ne suis pas certain qu’on en distraie encore une de la colonie de Novamérika.

— Par bonheur, Draere ne partage pas votre opinion. Quand je lui ai envoyé un message, elle avait l’air toute prête à quitter cet îlot perdu sur lequel elle est coincée depuis ces derniers jours. Réjouissez-vous. Vous allez pouvoir parler à quelqu’un d’autre. »

Dieu merci, se dit Bjault. Il augmenta la température de son radiateur individuel et emboîta le pas à Leg-Wot. La neige tombait dru à présent, au point que le village et l’océan étaient devenus complètement invisibles. Au sein de l’obscurité crépusculaire, Leg-Wot et le traîneau paraissaient deux ombres. Aucun souffle de vent ne faisait bruire les conifères au tronc tordu qui les environnaient. Les seuls sons perceptibles étaient lecrunch-crunch de la neige sous leurs pas, le ronron des moteurs du traîneau et le chuintement discret mais omniprésent de la neige tombant doucement sur la forêt.



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