
Cette importante chute de neige était une des raisons qui avaient poussé Draere et ses collègues à choisir cette nuit-là pour l’atterrissage, car les autochtones seraient dans l’impossibilité d’apercevoir la lueur des rétrofusées de la navette au milieu des ténèbres. En outre, le bruit des réacteurs serait considérablement amorti par l’air saturé de neige. Comme il n’y avait pas de vent, la navette n’aurait aucune difficulté à se diriger vers le radio-réflecteur qu’il avait installé avec Leg-Wot dans la vallée située à sept kilomètres au nord de la ville.
L’obscurité était maintenant presque totale, mais Yoninne Leg-Wot guidait le traîneau avec sûreté en direction de la passe s’ouvrant dans les collines qu’ils apercevaient devant eux. Il devait bien s’avouer que cette femme suscitait parfois son admiration. Elle possédait en particulier un troublant sens de l’orientation. La colonie de Novamérika n’ayant jugé bon de confier cette mission de reconnaissance au sol qu’à des rebuts de la société, il fallait reconnaître qu’elle aurait pu trouver pire que Yoninne Leg-Wot et le vieil archéologue Ajao Bjault. Ne te mets pas à pleurnicher, se dit intérieurement Ajao. À ton âge, tu n’aurais jamais pu décrocher une place de colon sans la considération que pas mal de gens conservent pour toi. Tu as eu une veine de pendu que ce système solaire comporte deux planètes habitables. En sus de quoi, on découvre sur l’une des deux planètes une espèce douée d’intelligence, et tu trouves encore le moyen de te plaindre de ta carrière en perte de vitesse !
Il secoua la neige qui s’était accumulée sur sa tête et rabattit son casque devant son visage. Une chute de neige dense et silencieuse comme celle-ci dégageait une profonde impression de paix. Sans la pression continuellement exercée sur sa frêle ossature par la pesanteur élevée régnant sur cet astre, il eût presque pu se croire sur sa planète d’origine, à dix parsecs — et quarante années — de distance.
