
La voix de Yoninne parvint faiblement à son tympan gauche. Elle devait avoir fermé sa combinaison et lui parlait — à voix basse — par l’intermédiaire de sa radio de casque. « Communiquons par radio à partir de maintenant, Bjault. J’ai orienté le traîneau dans la mauvaise direction de manière que notre suiveur se fasse des idées fausses. À présent, je regagne la capsule. Si nous restons tranquillement allongés dans la neige, je ne vois pas comment ils pourraient savoir où nous sommes. Et n’oubliez pas que les armes automatiques, c’est nous qui les avons. »
Ajao ferma son casque. « Oui », chuchota-t-il en réponse ; mais il ne se sentait pas sûr de pouvoir tout bonnement tirer dans le tas, même si les circonstances l’exigeaient.
Il se laissa glisser dans la neige et tendit l’oreille. L’écouteur du casque assurait une parfaite liaison acoustique avec l’extérieur, mais il n’entendit rien de plus que le discret bruissement de la neige qui ne cessait de tomber. Quelque part vers le nord, au cœur de l’obscurité — peut-être encore à une dizaine de kilomètres d’altitude —, la navette descendait en chute libre dans leur direction à la vitesse de plusieurs centaines de mètres à la seconde. Une masse de cinq cents tonnes de titane et de plastique qui tombait. Quand Draere allait-elle mettre en marche ses rétrofusées ?
Comme en réponse à ses pensées, la voix de Draere parvint aux oreilles de Bjault. « Des ennuis avec les autochtones ?
— Non, mais Yoninne croit que nous avons toujours de la compagnie.
— Ah ! (Une pause.) Bon, je vais allumer mes réacteurs. On va bien voir ce que ça va donner. À bientôt ! »
