
Le silence se prolongea encore pendant une demi-minute. Puis un intense grondement continu se développa au-dessus d’eux. La navette était encore assez loin et seules les plus basses fréquences échappaient au brouillage occasionné par l’atmosphère. Ce qu’on entendait ressemblait à un coup de tonnerre d’une espèce inhabituelle : débutant sourdement, il ne cessait de s’enfler. Pour quelqu’un qui n’était pas accoutumé aux moteurs à réaction, ce bruit pouvait faire croire à la présence d’un gigantesque monstre, à peine éloigné de quelques centaines de mètres et se rapprochant graduellement.
Une lumière blanche à l’éclat nacré luisait faiblement ; dans l’obscurité du côté du nord : même la lueur des réacteurs à gaz ionisé avait du mal à percer le rideau de neige de plusieurs milliers de mètres d’épaisseur qui tombait sans répit. Il entendit Draere annoncer calmement au micro l’altitude de la navette.
Le son s’amplifia au point de se muer en une véritable force physique qui s’acharnait sur lui à travers l’air et le sol. Les tourbillons provoqués par l’air surchauffé jaillissant des réacteurs chassaient la neige autour de lui. La tempête se trouvait proprement annihilée par l’énorme quantité d’énergie que dégageaient les réacteurs. Ajao enfouit la visière de son casque dans la neige, mais il pouvait voir du coin de l’œil les flammes d’un bleu métallique crachées par les réacteurs de la navette. Atterrissage nocturne tout ce qu’il y a de normal, apprécia-t-il in petto, en cherchant à s’enfoncer davantage dans la neige. Ah ! Comme il allait être agréable de prendre une douche et de faire un repas correct ! Sans compter qu’il serait débarrassé de Yoninne Leg-Wot.
La voix de Draere leur parvint lointaine et déformée à travers le rugissement des moteurs. « À trois cents mètres d’altitude, votre réflecteur est visible cinq sur cinq juste en dessous.
