Bien que le soleil fût à son zénith dans le ciel d’un bleu intense, le vent soufflant au-dessus du lac était glacial et les collines enneigées et couvertes de pins qui surplombaient la nappe d’eau donnaient à celle-ci l’aspect d’une minuscule flaque bleue et froide, frissonnant à l’approche de l’hiver.

Cette tranquillité fut brusquement rompue et le plan d’eau cessa d’être vide. Le yacht royal se matérialisa à la surface, la proue orientée vers l’est. Sa fine coque blanche disparaissait presque entièrement sous l’eau, pour reparaître aussitôt en faisant entendre des craquements dans sa membrure. Des vagues d’un demi-mètre de hauteur ridaient toute l’étendue du lac et projetaient des embruns glacés contre le quai. Sans attendre que le roulis du yacht eût cessé, l’équipage envoya les couleurs impériales : un soleil jaune inscrit dans un ciel bleu surmontant une bande verte. Sur la rive, la fanfare attaqua un joyeux morceau en signe de bienvenue, tandis que le bateau approchait de la berge.

Sur le pont particulier du yacht, Pelio-nge-Shozheru, prince impérial du Royaume de l’Été, défit son harnais de sécurité et se dirigea vers la lisse. Bien qu’il fût plus grand que la moyenne des Azhiris, Pelio n’était encore qu’un adolescent. Il portaitun kilt vert et bleu orné des insignes de son rang tissés autour de la taille ; mais, eût-il été dépourvu de ce costume, son nez épaté et ses yeux verts eussent suffi pour attester son appartenance à la noblesse. Nul n’aurait pu imaginer que le prince était un Profane, à ce point privé de Talent que c’était à peine si sonkenging parvenait à tuer un acarien des sables.

Une chaude brise estivale, transportée depuis l’hémisphère sud — d’un point situé à la même distance de l’équateur que Bodgaru au nord — soufflait doucement sur le pont afin de réchauffer le dos de Pelio et protéger celui-ci du froid régnant dans la région. Les serviteurs chargés de cette ventilation restaient assis dans l’entrepont, en compagnie des seigneurs et des dames de la suite du prince.



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