« Ici, Samadhom », dit-il d’une voix douce à son ours domestique. L’animal au pelage fauve trotta jusqu’à lui sur ses courtes pattes et se mit à lui lécher la main. Le prince avait davantage confiance en son ours qu’en aucun de ses gardes — car, en cas d’attaque kinésique, cette bête velue constituait un moyen de défense passive probablement aussi efficace que n’importe quel Azhiri, exception faite des membres de la Guilde. Pelio flatta Samadhom avant de descendre, en compagnie de ses gardes muets, l’escalier menant au premier pont. Les seigneurs et les dames qui le rejoignirent en arrivant sur le second pont étaient moins silencieux, mais Pelio ne répondit pas à leurs sempiternelles ovations parfaitement factices. Talonné par sa suite, il traversa la passerelle de fer forgé qui conduisait au quai et se dirigea vers l’endroit où l’attendait Parapfu Moragha, raide comme un piquet.

« Repos, mon cher Parapfu ! »

Moragha se détendit avec un soulagement visible et fit signe à la fanfare de sonner le « repos ». La foule massée sur le quai rompit aussitôt le silence qu’elle observait depuis que le prince avait mis pied à terre.

« En souhaitant la bienvenue à Votre Altesse, la population de ma préfecture et moi-même tenons à l’assurer de notre respectueuse affection. » Moragha s’inclina avec un empressement démonstratif. Le préfet se retourna ensuite, tout en faisant signe à Pelio de gravir l’escalier de pierre orné de mosaïque qui conduisait au palais préfectoral. « Nous avons tant de choses à montrer à Votre Altesse royale-impériale. » Moragha se plaça délibérément derrière Pelio, le séparant ainsi de sa suite. « Bodgaru a beau occuper les confins les plus septentrionaux du Royaume de l’Été, nous n’en maintenons pas moins dans nos cœurs l’esprit du verdoiement. »

Il désigna d’un geste le jardin de jade qui s’étendait de part et d’autre de leur chemin. Pelio suivit son mouvement du regard, mais s’abstint de tout commentaire.



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