Il aperçut des pierres vertes et jaunes savamment sculptées et discerna vaguement que la densité de ces ouvrages en pierre se rapprochait de celle d’authentiques plantes. Il n’y en avait pas moins une certaine absurdité à vouloir imiter la vie avec de la pierre ou de la neige. Le comble de cette attitude lui paraissant représenté par le Roi des Neiges et son palais de cristal dressé aux bornes du monde. Ne recevant pas de réponse, Moragha se hâta d’ajouter : « Et il n’y a pas de mines plus vastes que celles de Bodgaru. Les sujets du Royaume de l’Été en extraient le minerai de cuivre depuis plus d’un siècle… »

À l’arrière du groupe princier, les serviteurs continuaient à faire venir par téléportation une brise tiède née dans l’hémisphère sud. Aux côtés de Pelio, le préfet commençait à transpirer dans son surtout de cuir repoussé, mais la cause en était moins la chaleur de l’air que le silence prolongé du prince. Peu de courtisans pouvaient se flatter de n’avoir pas subi son silence glacial et son regard sans expression. À la cour, ce mutisme passait pour un signe de grossièreté et de stupidité mais, à vrai dire, les manières de Pelio n’étaient pas dénuées d’arrogance, bien qu’en réalité un sentiment de méfiance et d’isolement l’emportât chez lui sur tout le reste.

Une fois achevé le discours qu’avait préparé Moragha, ils marchèrent un long moment en silence. Enfin Pelio, regardant son accompagnateur, lui dit : « Parle-moi de l’escarmouche d’hier soir, mon cher Parapfu.

— Comment avez-vous… » commença le préfet, qui se hâta de ravaler sa surprise. « Il n’y a pas grand-chose à dire, Votre Altesse. L’affaire demeure mystérieuse. Mes agents ont repéré des intrus dans les collines du Nord. J’y ai envoyé des soldats de la garnison. Ils ont dû affronter une énorme créature volante qu’ils ont réussi à détruire.

— Et les intrus ? » insista le jeune homme.

Le préfet fit un geste dédaigneux de la main.



26 из 196