
Ils refirent surface et les gardes prirent immédiatement position autour du bassin. Pelio et Moragha se hissèrent hors de l’eau. Une odeur infecte régnait dans l’air et la végétation croissant sur la paroi rocheuse qui formait les murs de la salle émettait une lueur d’un vert vif : l’air n’avait pas dû être renouvelé depuis plusieurs heures. Le cachot glauque paraissait vaste et assez bien chauffé, bien qu’il se réduisît en fait à un simple espace vide ménagé dans un terrain pélagique. Sans la surveillance incessante des gardiens, qui en connaissaient la localisation, la cellule serait vite devenue un tombeau pour les prisonniers.
« Allons, debout », dit Moragha de sa voix aiguë. Son homme commença à distribuer des coups de pied aux formes sombres gisant sur le sol. Pelio réprima un sursaut en voyant le premier étranger se lever. L’homme — la créature ? — était incroyablement grand : sa taille devait dépasser un mètre quatre-vingts. Mais rien n’était plus grotesque que la maigreur extrême de ses membres que ne parvenaient pas à dissimuler les étranges vêtements qu’il portait. L’individu donnait l’impression de devoir tomber en morceaux au moindre faux pas.
« J’ai dit : debout ! Au garde-à-vous. Vous ne méritez pas l’honneur qui vous est fait. Debout ! » Moragha s’apprêtait à décocher un coup de pied à la seconde créature, quand celle-ci se releva agilement, comme si elle fût restée sur le qui-vive pendant tout ce temps.
Aux yeux de Pelio, le reste de l’univers perdit tout intérêt. Il n’entendit pas plus le cri étouffé des gardes qu’il ne remarqua le silence qui s’était établi.
Elle étaitbelle, La femme était grande — autant que Pelio — et pourtant mince comme une daine courant dans les bois. En dépit de la trouble lumière verte, l’étrange perfection de ses formes transparaissait sous ses vêtements. Quant à la beauté de son visage — elle n’était tout simplement pas de ce monde.
