La femme avait les traits anguleux, le nez et le menton presque pointus. On eût dit que la face sombre et grotesque de son compagnon avait subi une métamorphose entre les mains d’un artiste plus indulgent. Alors que les Hommes des Neiges possédaient une peau d’une blancheur de craie et que celle de Pelio avait une teinte grisâtre, la sienne paraissait presque noire à la lueur de la végétation phosphorescente. Son doux visage aurait pu être sculpté dans de l’ébène tendre. Tous les elfes et toutes les dryades des contes de fées de son enfance lui revinrent à la mémoire : cette femme était l’étoffe dont sont faits les rêves.

Pelio resta longtemps abîmé dans la profondeur de ces yeux noirs, dont le regard donnait une expression méfiante à ce merveilleux visage. Mais le charme finit par se dissiper et il demanda faiblement : « Et elle… Ce sont des Profanes, Parapfu ?

— Ainsi que je l’ai dit à Votre Altesse, répondit le préfet en regardant Pelio d’un air bizarre.

— Connaissent-ils l’azhiri ?

— Un peu. »

Pelio se tourna vers la femme et lui parla lentement. « Quel est ton nom ? dit-il.

— Yoninne. » Elle avait répondu d’une voix claire, où perçaient néanmoins des accents inquiets.

« Ionina ? Quel nom étrange. D’où viens-tu, Ionina ?

— De… » Sa réponse fut interrompue par un ordre brusque et inintelligible lancé par le géant efflanqué. La femme lui répliqua dans le même langage, avant de se retourner vers Pelio. « Non, moi ne rien dire. » Elle s’écarta d’eux et son attitude reflétait autant de bravoure que de méfiance… Dire que c’est une Profane, songea Pelio.

Il prit alors une décision, évitant de penser à ce qui risquait d’arriver quand son père l’apprendrait. « Préfet, tu as parfaitement agi en capturant ces intrus que tu as découverts et je t’en félicite. Ils paraissent fort intéressants. Je les emmènerai avec moi en rentrant au Palais de l’Été.



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