
Tout cela s’était envolé en fumée sous le regard méprisant de l’officier de Taipeh. Quant aux Américains, ils ne l’avaient pas plus pris au sérieux. Ce n’était pas si facile que cela de se lancer dans l’espionnage.
Brusquement, Cheng eut l’estomac tordu d’angoisse.
Et si on le dénonçait aux communistes ! Il revit les yeux noirs et méprisants de l’officier. À lui, il avait été obligé de donner ses nom et adresse.
Il tenta de calmer son angoisse en raisonnant. Les gens de Taipeh haïssaient les Rouges.
De penser à l’officier le ramena aux chocolats. Et brusquement il fut pris d’une sainte colère. Il n’aurait pas tout perdu !
Délibérément sa main parcheminée glissa sur le rhodoïd. Il les avait cachés sous le siège pour éviter la tentation. Il en avait eu un peu honte. Maintenant, il se sentait plus de courage.
Son ongle noir passa sous le rhodoïd, coupant le papier. Il était temps. L’hôtesse nasilla avec un accent de Tching-king à couper au couteau :
— Nous allons atterrir à Hong-Kong dans quelques instants. Veuillez ne plus fumer.
Cheng Chang jeta un coup d’œil furtif à sa voisine, toujours endormie, et souleva délicatement le couvercle de l’énorme boîte. Il n’avait pas la moindre intention de lui en offrir. Le couvercle se détacha avec un petit bruit de succion et Cheng le rangea soigneusement dans le dossier de son fauteuil. Puis il baissa les yeux sur le contenu de la boîte.
L’hôtesse, en train de passer des bonbons dans le couloir central, entendit un cri étouffé. Son regard tomba sur Cheng Chang et elle étouffa une exclamation. Naturellement saillants, les yeux du Chinois semblaient prêts à jaillir de leurs orbites. Elle crut à un malaise et se pencha aussitôt vers lui :
— Vous êtes malade, sir ?
Oubliant sa ceinture de sécurité, Cheng voulut se lever, mais retomba sur son siège, tenant la grande boîte de chocolat à deux mains. Comme un prêtre portant le Saint-Sacrement, il la tendit à l’hôtesse, qui la prit sans réfléchir.
