Le Hilton était devenu le château de la Belle au bois dormant. Comme si le bruit avait pu faire exploser la bombe. Le silence se prolongea plusieurs interminables minutes. Peu à peu, tous ceux qui s’étaient jetés à terre rampaient hors de portée de l’engin.

Puis, dehors, le bruit d’une sirène se rapprocha et vint mourir devant l’hôtel. Il y eut des cris et des appels, et plusieurs policiers casqués surgirent de l’escalator. Ils jetèrent un œil inquiet à la bombe puis redescendirent. Se rendant enfin compte que c’était sérieux, une des Américaines poussa un cri perçant et s’évanouit.

Poussant devant eux un rempart fait de sacs de sable montés sur une armature de bambous, deux policiers entreprirent de traverser le hall à quatre pattes. Dans un silence de mort, ils parvinrent jusqu’à un mètre de la bombe. Un téléphone se mit à sonner sur le desk de la réception, mais personne ne répondit. Le Chinois qui avait appelé la police essayait désespérément d’entrer dans le mur derrière lui. Son complet était aussi trempé que s’il était resté une heure sous une pluie d’orage.

À l’abri du bouclier, les deux policiers progressaient pouce par pouce. Eux aussi, transpiraient. Si la bombe était de forte puissance, ils seraient pulvérisés. Un Blanc les rejoignit, un vieux sergent anglais en short. Il cria un ordre, s’avança tranquillement jusqu’à trois pieds de la bombe, puis se pencha dessus.

On aurait entendu voler une toute petite mouche. Instinctivement, Malko se rencogna derrière son pilier. C’était trop bête de se faire déchiqueter gratuitement.

Le sergent fit un geste aux Chinois. Avec une perche de bambou l’un d’eux commença à sonder délicatement le paquet suspect, essayant de le retourner. Ce dernier glissa sur la banquette. Effrayé, le Chinois qui maniait la perche fit un faux mouvement : poussée trop violemment, la boîte tomba par terre !



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