
On entendit un cri étranglé ! Le manager assis derrière le bureau n’avait plus forme humaine…
Le paquet avait fait un bruit mou et léger. Avec un juron étouffé, le sergent se leva, fit deux pas en avant et ramassa la boîte.
C’était trop pour le manager : il glissa, évanoui, sur sa chaise. Le sergent soupesa la boîte une seconde et éclata de rire. Il la remit par terre et posa dessus son lourd brodequin. Le carton s’écrasa : c’était un emballage vide.
C’est à qui surgit le plus vite pour s’approcher de la fausse bombe ! Un employé de la réception sauta même par-dessus son comptoir. Le sergent déchirait la « bombe » de ses grandes mains rouges, le visage impassible. Quatre ou cinq employés de l’hôtel se pressaient autour de lui, obséquieux. Il les interrogea rapidement, sans conviction. Bien entendu, personne n’avait rien vu, rien remarqué. En chinois, la bombe portait : « Mort aux impérialistes fauteurs de guerre. »
Un policier en uniforme grimpa en courant l’escalator et dit un mot à l’oreille du sergent : il y avait une bombe posée entre les rails du tramway, dans Hennessy Road, à moins d’un mile. La circulation était paralysée. L’Anglais prit les débris de la boîte en carton et salua. C’était sa septième bombe depuis qu’il avait pris son service, à neuf heures.
Près de Malko, un gros Chinois se releva en soufflant et murmura en s’époussetant :
— Un jour il y en aura une vraie et nous serons tous morts…
Il ne croyait pas si bien dire : trois jours plus tôt, la police, à la suite d’une dénonciation anonyme, avait découvert sur le toit d’un des ascenseurs du Hilton deux kilos de TNT. De quoi expédier l’ascenseur et ses occupants directement en enfer. Évidemment, il n’y avait pas de détonateur. Oubli volontaire ou non ? La direction de l’hôtel avait fait tomber une pluie de dollars sur les journaux en langue anglaise pour qu’on ne parlât pas de l’incident, mais les quotidiens chinois s’en étaient donnés à cœur joie. Depuis, le petit personnel chinois du Hilton préférait l’escalier.
