Car il y avait aussi des vraies bombes. On comptait une cinquantaine d’alertes par jour. Dès qu’on apercevait une valise ou un carton abandonné, on se ruait sur le téléphone. Les équipes de déminage dormaient debout.

Hong-Kong n’était plus la cité du plaisir et du commerce. En quelques heures, Malko, arrivé la veille en fin de journée, s’était senti, lui aussi, oppressé par cette ambiance pesante. Les Chinois avaient commencé la reconquête psychologique de Hong-Kong. Comme ils venaient de le faire pour Macao, où l’évêque n’avait plus le droit de dire sa messe sans en demander l’autorisation au responsable du parti. En apparence, c’était toujours l’administration portugaise qui régissait la minuscule enclave, mais la plus infime de ses décisions était soumise à la bureaucratie tatillonne des communistes. Après une longue campagne d’intimidation et de bombes, le gouverneur de Macao avait dû signer un document en neuf points, abandonnant pratiquement le territoire aux communistes.

Macao à peine digéré, les Rouges s’étaient attaqués à Hong-Kong. Certes, il aurait suffi au général Lien-pao, commandant en chef de l’armée chinoise, de lever le petit doigt pour ne faire qu’une bouchée de la poignée d’Anglais de Hong-Kong, sans provoquer plus qu’une protestation outrée et platonique de l’ONU. Mais ce n’était pas la solution « correcte ». Il fallait que les occupants blancs perdent la face, qu’ils s’inclinent devant la sagesse infinie du président Mao. Les Rouges ne voulaient pas occuper Hong-Kong, seulement le contrôler. Un mois plus tôt, ils avaient soumis au gouverneur de la colonie un document en onze points sur le modèle de celui de Macao, qui avait été dignement repoussé par le représentant de Sa Très Gracieuse Majesté.



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