
La première bombe avait explosé le lendemain…
Depuis, Hong-Kong était paralysé. Les incidents grotesques alternaient avec les provocations dramatiques.
Wan-chai, le quartier chaud de Hong-Kong, à l’est de Victoria City, le cœur de l’île, le fief de Suzie Wong, était désert. Les commerçants et les tenanciers de boîtes de nuit recevaient de mystérieuses consignes et fermaient brusquement, pour une heure ou pour un jour. Les portiers des innombrables boîtes de nuit s’étiolaient devant des salles vides d’entraîneuses. Celles-ci restaient chez elles, à apprendre par cœur le petit livre rouge de Mao. Il fallait préparer l’avenir. Seuls quelques rares bordels très bon marché avaient une maigre clientèle locale.
Des émeutes éclataient tout le temps, « spontanément ».
Le jour de l’arrivée de Malko, une centaine de marins des jonques communistes déchargeant à North Point, à peine à un mille du Hilton, avaient pris d’assaut le commissariat du port, armés de haches et de couteaux. Après avoir molesté les deux policiers anglais du poste et jeté à la mer les Chinois, ils avaient relâché les deux Blancs, vêtus de leur seule dignité, le corps et le visage couverts d’inscriptions à la peinture rouge, accusant de mœurs contre nature le gouverneur et son épouse. Lorsque trois voitures bourrées de policiers étaient enfin arrivées, les manifestants s’étaient évanouis dans leurs jonques, et on avait dû se contenter d’arrêter un gamin de treize ans qui avait craché en direction des camions grillagés hérissés d’armes. La police serait obligée de le relâcher pour éviter de nouvelles émeutes…
Comme l’avait proclamé Fei-ming, rédacteur en chef du Drapeau rouge, le quotidien communiste de Hong-Kong : « Les Anglais attraperaient une dépression nerveuse avant les forces démocratiques. »
Les Anglais, plus durs que les Portugais, tenaient bon, rendaient coup pour coup. Mais la lutte était inégale : trente mille contre trois millions et demi. Peu à peu, les communistes faisaient monter la pression par les bombes, les enlèvements, les émeutes, les appels au meurtre du Drapeau rouge, l’intouchable quotidien communiste.
