
« Ce qui se passe actuellement n’est que le prélude, prévoyaient les experts. Un jour, les communistes créeront un incident plus sérieux qui mettra définitivement les Anglais en position d’infériorité, les forcera à accepter les « onze points » humiliants de l’ultimatum communiste.
» Alors Hong-Kong retrouvera son calme, toujours anglais en apparence, mais l’administration britannique ne sera plus qu’une coquille vide…»
En attendant, l’agitation se calmait dans le hall du Hilton. Le seul effet durable de la « bombe » avait été d’augmenter considérablement la consommation de whisky au bar. Ceux qui avaient assisté à l’incident enjolivaient à qui mieux mieux… Une bombe au Hilton, vraiment ces communistes ne respectaient plus rien. Les propriétaires des boutiques de la galerie marchande affichaient des mines consternées. Même les pires révolutions chinoises ont toujours respecté le commerce.
Malko prit sa clé et monta dans sa chambre. Sa « couverture » lui avait permis de louer une somptueuse suite au vingt-deuxième étage de l’hôtel. La vue était féerique. Le Hilton, comme le Mandarin, l’hôtel le plus luxueux de Hong-Kong, dominait tout Victoria Harbour, le chenal séparant l’île de Hong-Kong de la péninsule de Kowloon, perpétuellement sillonné par une multitude d’embarcations diverses.
Le hurlement d’une sirène le fit se précipiter à la fenêtre. Une voiture de police grillagée dévalait Connaugh Road en direction de l’ouest. Encore une bombe. Lui qui avait imaginé son séjour comme des vacances au soleil !
Un fin crachin, reliquat du typhon Emma, fouettait les vitres du Hilton. À travers la bruine, on apercevait à peine la silhouette massive auréolée de barbelés de la Bank of China, juste de l’autre côté de Queen’s Road, et les innombrables buildings gris de Kowloon formaient une masse confuse et presque irréelle, par-delà Victoria Harbour.
