
En dépit du mauvais temps, le trafic maritime était toujours aussi intense. Les sampans, les cargos, les wallas-wallas, taxis nautiques, les jonques pansues avec leurs voiles en lambeaux ou de poussifs diesels s’entrecroisaient dans Victoria Harbor, en un ballet féerique pour le spectateur. Seuls les communistes utilisaient encore les voiles traditionnelles : le mazout était introuvable en Chine rouge, à quinze milles à vol d’oiseau.
Malko fronça les sourcils : il était obligé de sortir pour prendre contact avec le patron de l’antenne CIA locale, Dick Ryan. Le rendez-vous avait été fixé par le télex codé reliant Washington au consulat. Ryan devait se trouver sur le Star-ferry reliant Hong-Kong à Kowloon. L’Américain ferait la navette entre l’île et la péninsule entre quatre et six heures. Pas besoin de signe de reconnaissance. Les yeux d’or de Malko suffisaient largement.
Au moment où Malko enfilait un trench-coat, on frappa un coup discret à la porte. Il alla ouvrir : un jeune Chinois s’inclina profondément et lui tendit un petit paquet : les cartes de visite qu’il avait commandées la veille, en arrivant. Malko donna un dollar Hong-Kong de pourboire, ce qui ne représentait guère que quinze cents américains et ouvrit le paquet.
Les cartes étaient à double face, un côté en anglais, l’autre en chinois. Indispensable à Hong-Kong. L’artisan avait consciencieusement calligraphié le titre de Malko.
« Son Altesse Sérénissime le Prince Malko Linge. »
Il n’y avait même pas de fautes d’orthographe. Le cœur un peu réchauffé, Malko sortit de sa chambre. Il avait hâte de commencer à travailler sérieusement. La liftière, moulée dans un cheong-sam doré lui donna un petit coup au cœur. Elle ressemblait à Thepin, la jeune Thaïlandaise qu’il avait connue à Bangkok en essayant de retrouver Jim Stanford
