
L’ascenseur stoppa avec une petite secousse. La Chinoise coula à Malko un regard câlin avant d’ouvrir les portes. D’habitude, les Blancs, dès qu’ils étaient seuls avec elle, se conduisaient à peu près comme les singes du zoo…
* * *
Dick Ryan était presque chauve, costaud, avec une amorce de double menton, une bouche petite, des yeux marron perpétuellement en mouvement et un air énergique. Assis sur une des banquettes de bois, à l’avant du ferry, il regardait d’un air absent le barrage anti typhon de Yaumati abritant une masse compacte de jonques et de sampans.
— Foutu temps, remarqua-t-il.
Malko regarda ses mains : elles étaient extrêmement soignées. Rare chez les barbouzes. Le gros ferry ralentit. Ils approchaient de Kowloon. Il y avait peu de Blancs à bord, mais personne ne semblait prêter attention à eux. Ils auraient pu être d’innocents touristes. Ils se mêlèrent au flot des Chinois qui débarquaient et reprirent la queue pour monter dans l’autre ferry qui repartait sur Hong-Kong.
Dick Ryan parlait presque sans bouger les lèvres. Il avait facilement trouvé Malko. Les deux hommes ne s’étaient même pas serré la main.
Maintenant, accoudés au bastingage, ils bavardaient rapidement.
L’Américain se rapprocha soudain de Malko et celui-ci sentit qu’il lui glissait quelque chose dans la poche de son imperméable.
— La photo du gars. S’appelle Cheng Chang, fit Ryan. C’est assez bon pour le reconnaître. L’adresse est au dos. J’ai appelé ce matin à son bureau. Il rentre ce soir de Formose par le vol des China Airlines. Vous pourrez le piéger à Kai-tak ou chez lui. Il a dû aller vouloir vendre sa salade aux Chinetoques du grand-père Tchang Kaï-chek.
Le gros ferry vert s’était ébranlé avec une petite secousse. Sans arrêt, des dizaines de ferries identiques relient Hong-Kong à Kowloon, jour et nuit.
